Vu et entendu en Avignon

Publié par fabienbenoit le 31 juillet 2016 in Blog

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Chaque année, le festival d’Avignon offre un panorama sans commune mesure de la création dramaturgique. Plus de 1400 spectacles étaient ainsi programmés pour l’édition 2016. « Le plus grand théâtre du monde » nous dit-on. La promesse n’est pas usurpée. C’est enthousiasmant, vivifiant, toujours humain et chaleureux – dans l’ensemble dirais-je – et cela fait du bien en une si morne et funeste période. S’il est évidemment impossible d’être sur tous les fronts, j’ai néanmoins lézardé dans la ville de ma jeunesse. Voici une brève sélection – subjective naturellement – de choses vues et entendues dans la Cité des Papes. Et sans doute bientôt, pour certaines, dans vos théâtres.

La dictadura de lo cool

mis en scène par Marco Layera

LA DICTATURA DE LO COOL - Mise en scène : Marco LAYENA - Texte : La Re-sentida - Scénographie : Pablo DE LA FUENTE - Costumes : Daniel BAGNARA - Musique : Alejandro MIRANDA - Avec : Diego ACUNA - Benjamín CORTES - Carolina DE LA MAZA - Pedro MUNOZ - Carolina PALACIOS - Benjamín WESTFALL - Dans le cadre du 70eme festival d Avignon - Lieu : Gymnase Aubanel - Ville : Avignon - Le : 17 07 16 - Photo : Christophe RAYNAUD DE LAGE

Bobos et hipsters, rangez vos barbes, vos chemises à carreaux et votre bien-pensance ! Jamais vous ne changerez le monde. Sauvage, moderne, acide, La dictadura de lo cool taille un joli costard à ceux que l’on nomme parfois, à tort, les creative culturals. Le soir d’un 1er mai à Santiago du Chili, des membres de l’élite culturelle de la capitale se réunissent chez un ami dont ils célèbrent la nomination au poste de ministre de la Culture. Mais, désabusé, celui-ci s’enferme dans sa chambre et refuse de participer à la fête. Ce qu’il voit désormais est l’hypocrisie de son entourage, un art d’une confortable autosatisfaction et l’impossibilité criante de produire un quelconque changement. Génial.

Karamazov

mis en scène par Jean Bellorini

KARAMAZOV d'apres les freres Karamazov de Feodor Dostoievski, adaptation Jean Bellorini et Camille de la Guillonnire, mise en scene Jean Bellorini a la carriere Boulbon dans le cadre du 70 eme Festival d'Avignon 2016 du 11 au 22 juillet 2016. Avec : Geoffroy Rondeau (Ivan Fiodorovitch Karamazov), Blanche Leleu (Liza), Camille de La Guilloniere, Jacques Hadjaje (Fiodor Pavlovitch Karamasov), Mathieu Delmonte (Capitaine Sneguirinov), Karyll Elgrichi (Katerina Ivanovna), Clara Mayer (Grouchenka/Smourov), Teddy Melis (Grigori Vassilievitch), Jules Garreau (Nikolai Krassotkine), Marc Plas (Pavel Fiodorovitch Smerdiakov) et Jean-Christophe Folly (Dimitri Fiodorovitch Karamazov) (photo by Pascal Victor/ArtComArt)

Pour ceux qui n’auraient pas lu le roman fleuve de Fiodor Dostoïevski, Jean Bellorini proposait sa version des Frères Karamazov, dans les majestueuses carrières de Boulbon, à quelques encablures d’Avignon. Nous ne referons pas ici l’histoire tumultueuse de la fratrie Karamazov – Dimitri, Ivan et Alexeï – mais soulignerons la très belle mise en scène du dramaturge français, à grand renfort de décors imposants, de projections vidéos, de larges plages musicales et chantées. Bien servi par les comédiens, on se laisse aisément emporter par ses 5h30 de déchirement familial et d’amours déçues à la russe.

Histoire vécue d’Artaud-Mômo

mis en scène par Gérard Gelas

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Dramaturge, acteur, poète maudit, Antonin Artaud est sans conteste un personnage fascinant, à la vie elle-même pour le moins dramatique. Seul en scène, assis derrière une table, le comédien Damien Rémy, sous la houlette de Gérard Gelas, nous fait revivre la conférence d’Artaud donnée au théâtre du Vieux Colombier le 13 janvier 1947, après des années d’internement en hôpital psychiatrique. Performance d’acteur saisissante, époustouflante, on croirait Artaud devant nos yeux, ses souffrances, ses rancoeurs, sa folie, son génie.

Le quatrième mur

mis en scène par Luca Franceschi

La compagnie lyonnaise des Asphodèles donnait dans la chapelle du Verbe Incarné, son adaptation du roman de Sorj Chalandon, Le quatrième mur, publié en 2013 et récompensé par le prix Goncourt des lycéens. En quelques mots, Georges, jeune metteur en scène français, et double de l’auteur, part à Beyrouth afin de monter Antigone de Jean Anouilh, en pleine guerre du Liban. Dans une ville déchirée, il tente de faire cohabiter, le temps d’une pièce, les différentes communautés religieuses qui s’affrontent. Texte et histoire magnifiques, l’adaptation est une réussite, dans la simplicité et la fraîcheur de ses jeunes comédiens.

Monsieur Motobécane

mis en scène par Catherine Maignan et Bernard Crombey

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Encensé par la critique depuis quelques années déjà, Bernard Crombey rejouait à Avignon son Monsieur Motobécane, adapté de l’ouvrage Le Ravisseur de Paul Savatier, au théâtre du Roi René. Seul en scène, sans artifice ni accessoire, le comédien campe la figure d’un simplet Picard, emprisonné pour avoir recueilli innocemment une petite fille, battue par sa mère, dans sa demeure. Poignant et émouvant, Bernard Crombey embrasse le registre de l’intime et de la confidence. On rit, on est touché, et on reste littéralement suspendu aux mots du comédien.

King Kong théorie

mis en scène par Emmanuelle Jacquemard

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« J’écris de chez les moches, pour les moches, les vieilles, les camionneuses, les frigides, les mal baisées, les imbaisables, les hystériques, les tarées, toutes les exclues du grand marché à la bonne meuf ». Dans l’intimité d’un salon de beauté, cinq jeunes femmes questionnent et démontent les notions de féminité et de masculinité, et mettent à mort la société patriarcale. Adaptation du roman de Virginie Despentes, sorti il y a dix ans déjà, la compagnie 411 Pierres donne une version énergique, drôle et punk de ce texte déjà devenu un classique.

Le Pays de Nod

mis en scène par FC Bergman

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La Belgique était cette année à l’honneur dans le cadre du Festival in. Coutumière des installations monumentales, la compagnie flamande FC Bergman avait ainsi posé ses valises au Parc des expositions pour nous projeter dans l’imposante salle Rubens du musée des Beaux-Arts d’Anvers, fidèlement reproduite pour l’occasion. Devant nous, alors que des oeuvres viennent manifestement d’en être retirées ; une seule résiste, Le Coup de Lance, trop grande pour franchir le cadre de la porte d’entrée. S’en suit une fable muette absurde et drôlatique, où le conservateur du musée tentera – par tous les moyens – de déplacer cette œuvre gigantesque pendant que les visiteurs déjantés se succèderont dans la salle.

Fabrice Luchini et moi

mis en scène par Olivier Sauton

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J’aime bien Fabrice Luchini. Son extravagance et ses excès. Son amour des belles lettres. Le comédien Olivier Sauton est sans nul doute dans le même cas. Ainsi, a-t-il imaginé sa rencontre avec Luchini et les leçons de théâtre qu’il aurait pu recevoir de lui. Dans l’imitation sans être dans la caricature, en trois tableaux-leçons, il se dédouble et convie Luchini sur les planches pour un seul en scène parfait, drôle et intelligent. C’est hallu-ci-nant, comme dirait l’autre.

Movin’ Melvin Brown, Me and Otis

mis en scène par Melvin Brown

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Le Texan Melvin Brown mérite bien son surnom de « movin’ ». Sur la scène du chapiteau du collège de la Salle, il virevolte, danse, fait des claquettes et rend hommage au répertoire du king de la soul Otis Redding. Melvin Brown, qui s’est produit aux côtés de Stevie Wonder, James Brown ou Lionel Richie, brille par son charisme et sa voix exceptionnelle. Un show à la joie communicative, émaillé d’anecdotes sur la vie de Redding, né en Géorgie en 1941 et tragiquement décédé à l’âge de 26 ans, et auteur notamment de l’éternel « The dock of the bay ».

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